Was I Really

compo doss

Dans ces à-plats de couleurs et dans ces cubes,
Je vois le reflet de notre société.
Je vois le reflet de ces villes nouvelles ou de ces nouveaux quartiers fonctionnalistes et sans défauts apparents,
ces centres villes historiques désaffectés au profit d’un centre commercial de périphérie où le public vient s’y promener le dimanche,
Je vois le placoplâtre et le béton banché.
Je vois des pays en crise qui ferment leurs frontières, qui construisent des murs,
Je vois des communautarismes de tout poil,
Je vois l’individualisme et la pensée manichéenne où tout est bien rangé dans des cases imperméables, à l’instar de nos administrations.
Je vois surtout et plus que tout, la perte du fond, au profit de la forme.

G.P. alias I.

L’image est un prétexte pour parler du sens. On ne compose pas une image sans se poser de questions, le geste plastique porte une philosophie. Aujourd’hui à l’heure des 30 ans de la mort de Victor Vasarely, des 40 ans de sa Fondation d’Aix-en-Provence, WAS I REALLY propose de parler du sens des choses en peignant un mur avec des collégiens.

Les images de Victor Vasarely ont été largement diffusées dans l’espace public pour “rendre son art accessible au plus grand nombre” ; sous forme de muraux ou d’affiches, de timbres, de pièces de monnaies, de logos pour marque de voiture ou chaîne de télévision. C’est l’un des artistes les plus vus en France, tant il ornait le dos des supports publicitaires 4×3 des villes encore récemment. Adoubé par l’état, il est peut-être l’un des premiers muralistes officiels français.  Aujourd’hui son oeuvre est indissociable du travail d’artistes comme LXone, à qui l’on confie des ouvrages publics, pour peindre des cubes de Kleper.

Vasarely, Mairie de La Seyne sur Mer 1988

LXone, Pont à Bayonne 2015

Si l’on observe l’oeuvre de Victor Vasarely, nous pouvons y voir de la géométrie, des contours et des à-plats, puis des couleurs organisées de manière à tromper l’oeil, comme lorsqu’elles lui font voir une 3ème dimension sur une surface plane. Dans une interview, il expliquait qu’il avait voulu supprimer le romantisme de sa peinture. Précurseur des arts numériques, il peignait pour la rétine, un véritable retour en arrière par rapport à la révolution duchampienne qui remettait en question l’art rétinien.

WAS I REALLY tentera donc de remettre du romantisme dans du “Vasarely”.
Et à coups de canon !
Pour éclater les cases et laisser oeuvrer l’aléatoire. Nous ne doutons pas qu’une certaine forme de vie nouvelle viendra à apparaître quand la rigueur de la ligne lâchera prise. Chacun pourra s’amuser à y voir apparaître des tierces couleurs, des courbes, des matières nouvelles, des craquelures, des coulures.

WAS I REALLY remet au centre l’essence du graffiti.

Depuis ses origines, ce geste plastique naïf et insolent, est le symbole la liberté d’expression, totalement détaché de l’idée de possession, du marché de l’Art et de l’Histoire de l’Art. C’est l’Art accessible à tous, offert à qui veut bien le regarder.

En quelques décennies, cette pratique a connu un essor sans précédant dans le monde entier. Depuis une quinzaine d’années, les galeries ont compris l’intérêt et la richesse des propositions de ces artistes auto-proclamés. Conjointement à cela, les communes qui après avoir mis tout en oeuvre pour lutter contre, comprennent qu’il est préférable de l’encourager, commencent à offrir des façades à peindre aux nouvelles générations de graffeurs.

Il est amusant d’observer comment l’évolution de la terminologie est liée à la reconnaissance :
le taggeur condamné de tous,
est devenu graffeur dans les centres sociaux pour y faire des ateliers avec les jeunes,
puis un street-artist plus respectable pour entrer en galerie,
pour finir enfin muraliste (pour ceux qui peignent de grandes façades)
ou artiste urbain contemporain lorsqu’il est invité à exposer dans une foire d’art contemporain.

WAS I REALLY fera d’un groupe d’adolescents, les artistes reconnus et critiques, acteurs de l’Art libre.